California Promises

07.03-05.04.19
Vernissage le 7 mars dès 18h
en présence de l’artiste
California Promises
Solo show by Jenny Sharaf

Jenny Sharaf est une artiste californienne, originaire de L.A. et vivant à San Francisco, issue d’une famille travaillant dans l’industrie de la télévision et des costumes. Influencée par la culture de la côte ouest, la beat generation, l’expressionnisme abstrait et pour les droits égaux des femmes, son travail se joue des catégories artistiques. Elle n’hésite pas à interroger la culture dominante, mais aussi l’histoire de la peinture. Féministe engagée, Jenny Sharaf est aussi une observatrice fine de la culture vernaculaire californienne. Elle nous propose une large palette de mediums, allant de la vidéo au collage numérique, en passant par la pratique de la fresque murale et de la peinture.

Commissaire d’exposition pour de nombreux événements à San Francisco, l’artiste dynamique et ultra-connectée, a déjà réalisé de nombreuses collaborations avec des marques telles que: Google, Nike, Levi’s ou le Ace Hotel à Palm Springs.

En élargissant son champs des contraintes de la toile, son travail fait écho à celui d’artistes américaines précurseurs qui l’ont beaucoup influencée, comme Lynda Benglis et sa façon d’aborder la gestuelle, en travaillant au sol, par des techniques de coulure de peinture. Ou encore Judy Chicago, artiste féministe très influente aux Etats-Unis. La couleur devient le sujet principal de son œuvre, elle la travaille avec spontanéité, un équilibre entre le mouvement et la pensée.

Pour son exposition à la galerie Air Project, Jenny Sharaf s’est inspirée d’un poème d’Allen Ginsberg: «Sunflower Sutra», datant de 1955, Berkeley.

San Francisco a été le berceau de la beat generation, cette culture, à contre-courant de l’american way of life, et souterraine, qui voulait lutter contre la politique en place grâce à l’art de vivre anti-conformiste de ses inspirateurs. Ce poème prend place dans la Bay Area et dénonce la pollution, la corruption et l’industrialisation de l’Amérique au détriment de la nature.

Esprit libre et bohemian qui reflète la philosophie de l’artiste.

Avec son énergie communicative, elle apprécie le processus instinctif et la pesanteur interne de la matière en mouvement : c’est ainsi que la coulure, à l’instar d’un Pollock, devient l’instrument de sa pratique très particulière, dont l’aspect final nous semble tellement évident qu’il en acquiert un caractère universel. C’est un corps à corps avec le tableau, posé au sol, puis manipulé, qui décide de l’entremêlement de couleurs utilisées à même le pot. C’est donc le moment émotionnel, le geste, la concentration qui donne à cette véritable performance toute la valeur d’un processus dont le résultat vient témoigner.

La densité de sa peinture, les différentes franges et lignes géométriques mouvementées qui en émergent, les rapports de couleurs et d’épaisseurs sont à l’évidence autant le fruit d’un acte parfaitement prémédité que du hasard de l’instant. On pense ici à l’univers de Sterling Ruby, et à ses excès expressionnistes. Et pourtant, la réflexion de fond dit toute la délicatesse de la démarche de Jenny Sharaf, où la question du motif et de l’abstraction géométrique, qui hante toute l’histoire de la peinture, se présente à travers le choix des tissus, patiemment collectés et qui, tout en servant de «toile de fond», tant littéralement que symboliquement, affirment une discordance formelle que l’artiste parvient à réharmoniser à travers son geste.

Pas étonnant qu’avec une telle capacité à réinventer l’image, l’artiste soit pleinement inscrite dans notre temps: une peintre d’aujourd’hui, parfaitement intégrée aux réseaux sociaux et à la société, capable d’insérer son art à la vitesse adéquate, de le faire vivre dans les interstices de l’immédiateté. Entre sa posture optimiste, son ambition légitime de continuer sa rapide ascension internationale et la critique décoiffante de notre société des apparences, nul doute que nous avons là une artiste prometteuse, présentée pour la première fois en Europe, à la galerie Air Project.

Ses prochaines expositions auront lieu à Beyrouth, à Kansas City et Tokyo.

Une artiste à découvrir!